Des internets locaux et ornés, soutenables énergétiquement pas visuellement
Si une des premières ambitions du permacomputing était de créer un terrain d’entente entre different courants, il y a une communauté en particulier n’est pas citée dans les "communautées voisines".
Il s’agit de la low-tech, que l’on peut traduire par basse technologie.
La low-tech se définit comme un ensemble de techniques/technologies qui répondent aux trois impératifs suivant : être Utile, Accessible et Durable.
Développer des solutions low-tech revient à questionner nos besoins énergétiques et changer notre relation aux techniques et technologies, pour tendre vers des pratiques plus économes et respectueuses des environnements. Un des processus de la low-tech c’est d‘éprouver personnellement ce qu’impliquent les ressources qu’on utilise. Par exemple s’il est question d’utiliser de l’électricité, comment faire pour en produire par soi-même, éprouver ce que consomme un grille pain.
La lecture du texte « Une erreur de tech » par Gauthier Roussilhe donne un éclairage sur ce concept qui pourrait potentiellement rentrer en ligne de compte quand à la distance du permacomputing et de la low-tech.
Si l’on parle de low-tech c’est en opposition à la courante high-tech qui fait référence aux « techniques de pointes », l’aérospatiale, les biotechnologies, la robotique, l’informatique…
Dans le langage courant la high-tech, abréviation de High-Technologie, se confond avec la Technologie serait une continuité des techniques développées par les humains.
Technologies, Technique moderne, Technique, techniques, Tech, Haut, Bas.
Bien que la publicité et certaines politiques essayent de diffuser l’idée d’un futur enviable ou du moins vivable, le discours dominant dans la fiction littéraire, dans les œuvres vidéos types séries, films, ou les jeux vidéos est plutôt celui de l’effondrement.
Je ne sais pas quel mécanisme est à l'oeuvre pour nous faire collectivement envisager le pire, mais le fait est que nos imaginaires sont envahis par ces images.
S’il y a une chose à remarquer dans les recherches qui émanent du permacomputing c’est le côté, pas résigné mais, teinté par la collapsologie.
On y parle par exemple, du projet CollapseOs qui est un système d’exploitation « post-apocalyptique » léger et malléable, il est construit pour s’installer sur les machines les plus rudimentaires, sans internet.
Le fond de pensée est moyennement optimiste, pourtant les ambitions de ce courant, poussent vers le changement, vers des moyens d’utiliser l’informatique qui pourrait être vertueux.
Dans les références artistiques, citées pour étoffer ce discours positif, on trouve le “SOLARPUNK”.
Le solarpunk est un mouvement littéraire artistique et technicien imaginant un futur résilient, écologique, technologique. « Solar » appelle l’optimisme et se réfère au soleil comme source d’énergie moins polluante, tandis que « Punk » fait référence aux contre-cultures, à l’anti-capitalisme, au décolonialisme, aux luttes anti-patriarcales. Certains récits se placent après l’effondrement d’autres imaginent qu’il sera évité. En tout cas il est globalement le récit de solidarités entre les humains, avec l’appui des techniques.Le serveur Lemmy de « slrpnk.net » creuse plus profondément ce que produit la communauté qui soutient ces idées
Dans l’absolu le cadre utopique a une bonne influence pour proposer des alternatives et ne pas se laisser paralyser. L'utopie solarpunk passe par un esthétique forte, des formes, des couleurs, des matières, une grammaire ornementale précise.
Quand on regarde les images proposées par les moteurs de recherche il est souvent question de buildings, de villes ultra urbanisées et végétales. D’un entrecroisement fin entre mégalopole, biodiversité et technologie de pointe.
Il existe une vidéo citée parfois comme la « meilleure représentation du solarpunk ». C’est un dessin animé représentant des espaces verts en culture, où la récolte est assistée par des robots.
Des machines capables d’invoquer des nuages qui se mettent a pleuvoir sur les plantations. On y voit aussi des personnes attablées partageant fruits, légumes et produits laitiers. Et au loin un paysage urbain.
Cette vidéo, aussi solarpunk soit elle, est une publicité pour des yahourts.Eat today, Feed tomorrow; par Chobani
L’utilisateur·ice « Waffle To The Left » en propose une version sans publicité: « 'Dear Alice' Decommodified Edition. »
En termes de références artistiques, l’Art Nouveau est souvent mis en avant comme produisant des formes correspondant aux aspirations solarpunk; végétales; fluides.
L'art nouveau est un courant artistique européen, qui se développe de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle. Inspiré des formes végétales, il utilise les courbes organiques comme ornements. On l’a vu apparaître a une époque ou les industries produisaient déjà la plupart des objets usuels. Le mouvement s’opposait aux formes rigides produites par défaut.
Grâce à ses proximités avec l’industrie, son style s’est diffusé à grande échelle, par l’architecture ou les produits manufacturés.
Le mouvement artistique qui a suivi étant l’art déco, plus proche des formes pratique pour l’industrie, droite angulaires et plus épurée, on peut penser que c’est l’aspect végétal de l’art nouveau qui l’a condamné du point de vue industriel.
D’ailleurs si l’art nouveau inspire le solarpunk, l’art déco est un terrain fertile pour les dystopies, comme dans Metropolis de Fritz Lang, ou plus récemment dans des jeux vidéo comme Prey, ou Bioshock.https://tekhnevideoludique.com/2020/03/01/les-dystopies-videoludiques-et-lart-deco/
En tout cas pour la durée de son existence l’art nouveau a une influence assez impressionnante comme un idéal de fusion entre les productions humaines et les formes de la nature.
Si l’on poursuit cette idée de fusion entre les avancées techniques et les formes naturelles, il n’est pas absurde d’imaginer qu’un art nouveau contemporain se mêlerait par association à la high-tech, à la manière de ce que produit l’esthétique Frutiger Aero.
Existant dans les années 2000 elle est liée aux fonds d’écran Windows et à la WII. On y trouve des visuels lumineux associant ordinateurs bulles de savon poisson papillons électronique dans du plastique transparent et jets d’eau cristallins. Des mondes brillants fluide émeraudes. Des objets électroniques avec des formes courbes, "futuristes".
Buildings, prairies, soleil irradiant et mains blanches tenant soit la terre soit le nouveau Nokia.C'est une esthétique principalement produite pour la publicité des objets numériques
Si je fais ce parallèle c’est qu’en réalité certaines images solarpunk ont beaucoup d’affinités esthétiques avec les images associées au style Frutiger Aero. Et si la volonté « révolutionnaire » semble faire partie des piliers du mouvement solarpunk, comment penser le fait que son esthétique soit aussi enracinée dans des visuels publicitaires ?
C’est la question presque insoluble de « existe-t-il des formes qui soient irrécupérables ? »
Au cours d’une soirée pas loin de Saint-Étienne, dans un lieu géré par un collectif abritant diverses pratiques artistiques et solidaires. Je discutais avec une couturière qui vivait là-bas à ce moment-là.
On parlait des formes et des économies de l’art, de l’ornementation, de l’action de faire et de tisser, et puis elle m’a dit :« C’est marrant la quantité de vêtements Adidas chez mes ami·e·s anarchistes ».
Des ami·e·s anarchistes elle en avait sûrement beaucoup et parfois elle-même en portait, ce qui faisait déjà un petit cas d’étude non négligeable. On en a pas discuté très longtemps et cette remarque est restée en suspension.
C'est juste, certaines personnes portent du Adidas et ont des pensées libertaires.
Pourtant cette marque allemande, distribué en grande quantités dans le monde entier, est une marque phare en ce qui concerne le profit du système capitaliste et néo-libéral.
Ces vêtements reconnaissables par les trois bandes en sont un étendard.
J'imagine que la raison pour laquelle « des anarchistes », ou juste des personnes qui ne fréquentent pas les magasins de vêtements neuf, en portent, c’est en partie parce qu’on en trouve facilement dans les magasins de seconde main ou dans les espaces de gratuité.
C'est sûrement parce que ces objets sont produits en très grande quantité, qu'ils finissent régulièrement par s’y retrouver.
Seulement ce qui m’intéresse ici c’est comment une marque, une esthétique, peut véhiculer une idéologie et comment parfois cette même idéologie se retrouve vidée et déviée de son sens original.
Parce que oui porter un vieux jogging Adidas dans un lieu autogéré, ce n’est pas la même chose que porter un jogging Adidas flambant neuf dans un squat, ou un ensemble complet dans une salle de sport.
Alors, maintenant je suis dans la contemplation de ces situations qui tordent le cou à la pureté, et, avec douceur j’observe. Finalement ça résonne aussi avec ce que je vois des évolutions de l’informatique comme peut en parler le Permacomputing.
Puisque lorsque le marketing est basé sur la nouveauté, et qu'il est question de grandes quantités de productions, il arrive très régulièrement que des objets deviennent obsolètes pas fonctionnellement mais socialement. Habitué·e·s à des durées de vie de plus en plus raccourcies pour nos outils numériques, la plupart sont remplacés avant la panne.
Par exemple, dans l’école où j’étudie le parc informatique est passé d’un grand nombre de iMacs à des Zotacs, et pas parce qu’il serait tous tombés en panne en même temps, mais pour des questions d’usages.
Alors qu’est ce qui se passe avec ces ordis rendus inutiles ?
À première vu utiliser des iMacs d’Apple rattache à une certaine vision de l’informatique ; non-interopérable, moyennement réparable, et avec tout ce que l’esthétique de ces objets peut appeler de l’imaginaire du progrès capitaliste, de la rationalisation, et de la pseudo-simplicité. Pourtant le gâchis que serait de jeter ces ordis qui fonctionnent dépassent les questions d’esthétiques ou d’imaginaire.
Alors dans le labo numérique on les passe sous Linux, on en fait des ordis de prêts, ouverts au bidouillage.
Pourtant ils restent chromés avec le logo d'Apple au dos; mais dans leur architecture ils font tourner d’autres systèmes d’exploitations. Sauvés de la casse, ils expriment autre chose.
On pourrait dire qu’ils sont rentrés dans une diversité technologique, faisant un pas vers moins de pureté et plus de bricolage, surtout moins de déchets.
Dans le papier « Permacomputing Aesthetics » la position initiale est celle de la déception quant aux propositions maximalistes; et aux objets culturels qui s'en font le reflet.
Le permacomputing, lui, selon ses protagonistes, devrait au contraire exposer ses contraintes. Qu’elles se situent dans la capacité des ordinateurs, dans la taille des images ou des programmes produits, dans les matériaux ou la diffusion, ou dans la préservation des ressources de quelque manière que ce soit. Cette manière de faire amène régulièrement à utiliser de vielles machines, ou à explorer des pratiques qui avaient cours à une époque ou l’informatique était plus limitée qu'aujourd'hui. Le texte formule à cette occasion une critique de la nostalgie.
Si dans l’essai il est principalement question de jeux vidéos ou de vielles machine, ce fait est également observable par ce qui a eu cours sur internet.
L’“Early Web” est une période assez précise, qui dure de la démocratisation de l'ordinateur personnel jusqu’à la fermeture de Geocities et la croissance des réseaux sociaux.
Ce qui est considéré comme l’early ou le jeune web, était un ensemble de pages principalement maintenues par des amateur·ice·s sur des sujets précis ou juste sur les choses qu’iels aimaient. L’apparence de chaque site reflétait les goûts de chacun·e·s.
Visuellement c’était chargé. Beaucoup de couleurs de motifs, de gifs.
Comme l’explique Olia Lialina dans Digital Folklore; « C’était brillant, riche, personnel, lent, et en construction » […]
c’était une période « pleine d’espoir pour des connexions plus rapides et des ordinateurs plus puissants. »Traduction depuis l'article "Vernacular Web" du livre « Digital Folklore » par Olia Lialina et Dragan Espenschied; 2009
Cette période a doucement pris fin avec l’évolution des techniques et des usages.
On peut considérer Skyblog et Myspace puis Facebook, Instagram et Twitter puis X; comme une évolution de la culture du micro-blogging qui existait sur les pages web individuelles.
Aujourd’hui, pour se créer une page web des boîtes à outils type CMSContent Management System, Système de Gestion de Contenu font passerelle entre utilisateur·ice·s et machines. Wordpress ou Wix font partie de ces programmes qui intègrent plusieurs processus, la gestion de base de données, la création du graphisme de la page (templates), le développement et l’incorporation des modules qui la compose (plug-ins), les mises à jour, la mise en ligne, et parfois même l’hébergement.
Leurs fonctionnements s’axent sur la “performance”, actuellement plus d'un tiers de le totalité des sites en ligne sont maintenus avec Wordpress.
Ce qui est flagrant c’est que les techniques de fabrication du web, qui sont les langages de programmation basiques HTML, CSS, JAVASCRIPT, ne se sont pas spécialement complexifiés mais leur connaissance n’est plus un savoir partagé et étendu parmi les utilisateur·ice·s du web.
Parallèlement on observe aussi un déplacement de la sphère commerciale en ligne, par la pub, la commercialisation des données, et les boutiques en ligne.
Suite a cette évolution du web certain·e·s sont insatifait·e·s et défendent un web proche de ses origines, décentralisé et personnel, on peut l’appeler le « small-web ».
Au début de ma recherche, Néocities est rapidement apparut sur mon écran. Inspiré du modèle de Géocities, c’est un site contemporain qui permet d’héberger des pages légères gratuitement. On retrouve tous les éléments du jeune web, bannière, wallpaper, gifs et web rings, c’est un dictionnaire de nostalgie.
Et si Néocities se considère comme un réseau social, parmi ses utilisateur·ice·s à émergé un collectif nommé Yesterweb, qui s’est donné l'objectif de transformer le web.
(rapidement) YESTERWEB :
C’est un mouvement en ligne qui a compté des milliers voire des centaines de milliers d’individus, de février 2021 à mai 2023. Rassemblé·e·s autour de serveurs discord, matrix, et d’un forum principalement.
Iels utilisent le terme de « peripherical web » pour parler du milieu dans lequel iels évoluent:
« C’est la campagne numérique de la mégalopole des grosses compagnies »
« C’est la campagne numérique de la mégalopole des grosses compagnies »Traduction depuis « https://yesterweb.org/#context »
Une des caractéristiques de cette communauté c’est leur rapport aux graphismes et aux pratiques old-school.
« LE RÔLE DE LA NOSTALGIE »
Dans ce qui suit je vous traduis le paragraphe qui résume leur rapport a la nostalgie. Le texte que je cite est un compte rendu du mouvement et de pourquoi il a cessé toute activités :
« La rapide hausse de popularité des plateformes comme Néocities et Spacehey était un indicateur que la nostalgie était une force significative quant à l’engouement vers le web périphérique ces dernières années. La communauté a été créée lorsque les restrictions de la pandémie ont commencé à se détendre.
La nostalgie était souvent la première chose qui attirait de nouveaux membres : il y a du confort dans la nostalgie, surtout pendant les périodes particulièrement difficiles.
Le mouvement émergeant dans la période du Covid.
Finalement ce style qui a fait que le mouvement s’est étendu a aussi été un frein a son évolution :
La nostalgie avait tendance à entraîner des comportements régressifs, ce qui empêchait d’accomplir quelconque changements. Les utilisateur·ice·s concentré·e·s sur la nostalgie avaient tendance à valoriser l’esthétique en premier lieu, ce qui les amenait à avoir de la méfiance pour les nouveaux outils qui ne correspondait pas a leurs critères nostalgiques.
Cette fixation sur la nostalgie amenait également a une vision non-critique de ce qu’était « le vieux web ». Beaucoup d’utilisateur·ice·s exprimaient le désir de retourner a un vieux web qui n’a jamais existé, souvent avec l’idée que « le vieux web » était moins intolérant, moins consumériste, et moins restrictif. Même si certains de ces aspects sont vrais, cela dépendait aussi de là où on regardait.
Les utilisateur·ice·s finissaient par devenir obsédé·e·s à revivre un passé qui n’existe pas plutôt que d’envisager des futurs qui correspondraient a leurs valeurs. »Traduction depuis « https://yesterweb.org/#the-role-of-nostalgia »
« Selon la perspective du permacomputing, C'est impossible de désirer un temps où l'informatique était meilleure, car ce temps n'a jamais existé. »Traduction depuis le texte « Permacomputing Aesthetics »
L’idée de se réfugier dans un passé fantasmé est une solution rejetée par le permacomputing. Le texte avance plutôt la proposition de considérer les technologies dans un temps long. Permettant ainsi d’intégrer certaines pratiques et objets au regard de leur pertinence quand a leurs aspects économes. Sans performer le passé.
Si cette question de revivre les « vieux jours heureux » était définitivement un moteur au mouvement, il y avait également l’envie de créer des espaces graphiques luxuriant. C'était nostalgique de certaines formes d'interactions, mais ça l'était également d'une époque moins normée esthétiquement.
S'il fallait replonger critiquement dans le passé, il y aurait quelque chose à observer les façons dont il était possible de créer des pages web décorées mais légères.
En naviguant les références du permacomputing, cliquant frénétiquement sur ouvrir dans un nouvel onglet à chaque nouveau lien; j’ai consulté la page qui parlait de l’UNSCII sur le site internet personnel de Ville-Matias Heikkilä alias Viznut alias une des premières personnes évoquant la possibilité d’un permacomputing.
L’UNSCII donc, c’est le nom d’une famille typographique basé sur l’UNICODE.
Ces fouilles semi-archéologiques dans les recoins de l’Unicode m’ont rappelé un autre projet. Celui de BYE BYE BINARY et de leur typothèque qui alimente læ “QUNI: Queer Unicode Initiative”. Læ QUNI, typothèque GenderFluid par ByeByeBinary C’est une initiative qui planche sur l’intégration des glyphes, ligatures et autre outils pour écrire en inclusif. Basé·e sur l’Unicode également, chaque typographie participant à cette initiative suit certains schémas de fabrication. La marge molle ou læ QUNI se glisse c’est une zone appelée PUA (Private Usage Area/ Espace à Usage Privé). Dans cette zone les cases ne sont pas pré-attribuées. C’est dans ces espaces non définis que se glisse une variété revendicatrice de caractères, encerclée par une structure normée et rigide, mais aussi bien à l’abri qu'à la vue de tous·te·s.
“Pour y injecter læ QUNI, on campe dans un bloc terrain vague en bordure, et c’est évidement la zone la plus cool.”Ibid.
Et oui, des choses détonnantes, il y en a. Des Zéros devenus ornements dans la Baskervvol, des dagues dans l’Adelphe, de nombreuses variantes de logos BBB (=ByeByeBinary), un ACAB en un seul caractère, et plein d’autres choses dans la Roberte.
« Technologies appropriées » c’est le nom d’un concept émergent après la seconde guerre mondiale. Au XXe siècle, les écarts économiques se creusent et à cette période où l’influence coloniale recule; les États-Unis voient dans ce moment une opportunité pour exporter leur modes de production.
« Une plus grande productivité et la clef de la prospérité et de la paix . Et la clef d’une plus grande productivité est une utilisation étendue et vigoureuse des sciences modernes et des savoirs techniques. »
« Truman's Point Four Program », dans « Documents of American History », 1949
L’extension du modèle productiviste est pour les états unis à la fois un moyen de domination et le fruit d’un impensé. Celui selon lequel le chemin qu’a emprunté les États-Unis et les pays industrialisés est le chemin universel vers lequel les autres pays tendent également.
C’est à cette époque que des économistes, technicien·ne·s américain·e·s et européen·ne·s envoyé·e·s à l’étranger, se sont aperçu·e·s de la brutalité du projet et ont formulé le principe de “technologies appropriées”.
Une “technologie appropriée” peut se définir par l’autosuffisance, et le respect de l’environnement.
Elle répond généralement aux points suivants :









On peut penser internet comme un réseau global de connexions dématérialisées, de flux. Mais internet existe par des objets.
Ces objets se trouvent dans des territoires et appartiennent à des gens ou des communautés de gens. Il n’y a pas d’internet qui, tout seul, pousse comme l'herbe entre le mur et le pavé et que personne n’attendait là.
Il existe des internets à l’abandon, des quantités énormes de pages jamais consultées ou modifiées mais pas d’internet qui pousse tout seul.
Si un site ou un serveurUn Serveur est un ordinateur où sont stocké des données sur lequel est installé un logiciel qui, une fois connecté a internet, communique les données qu’on lui demande. Ils sont une partie importante d’internet ce sont des sortes de bibliothèques virtuelles. Il en existe dans des entreprises privées, dans des structures publiques, des universités, des lieux culturels ou de santé, dans des associations, ou chez des particuliers. existe c’est parce qu’il y a une volonté humaine. Et s’il disparaît c’est que soit ça a été décidé, soit la personne qui payait pour, n’a plus l’argent nécessaire.
Les nœuds d’Internet sont là où on pense avoir besoin d'eux. Si certains morceaux d’internet ont vocation à communiquer à tout le monde sans frontières et sans distinctions, d’autres servent les intérêts de cercles d’internautes plus restreints. À l’échelle de communes, ou de communautés.
Que signifie un Internet Local aujourd’hui ?
Saint-Étienne, en dehors de sa proximité, développe a plusieurs endroits des infrastructures délibérément localistes.
Il existe une antenne des C.H.A.T.O.N.S (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) qui s’appelle Alolise ;
L’association Illyse qui relie des espaces au réseau internet sans passer par les grands groupes, elle est membre de la fédération FDN (Fédération des Fournisseurs d’Accès Internet Associatifs) ;
Et spontanément des hackerSpaces féministes.
Mais la chose la plus active et constante c’est un site communautaire appelé « Le Numéro Zéro ».
Communautaire, car il s’adresse principalement à la région stéphanoise et que la publication est ouverte a tous·te·s (dans la limite des conditions posées par la charte).
De mouvances trans*féministes, anarchistes, anti-impérialistes, et écologiste. Le site héberge un agenda d’évènements militants et solidaires, ainsi, qu’à force de publications, une bibliothèque d’articles concernant les « mémoires des luttes à Saint-Étienne et ailleurs ».
Inspiré mais pas affilié aux médias libres développés par Indymédia,« Le Numéro Zéro » fait partie du réseau « Mutu ».Mutu pour Mutualiser les ressources et les pratiques.
Le réseau Mutu est un réseau fédéraliste. Il est constitué d'antennes tournées vers leurs localités mais qui s’allient lorsqu’il s’agit de se partager d’informations nécessaires ou d’apprentissages techniques. Ces alliances dépassent les frontières des états; le réseau mutu existe en Belgique en France et en Suisse.
En naviguant sur les différents sites du réseau mutu, je me rends compte que les graphismes diffèrent, à peine, légèrement, mais assez pour le remarquer.
Le Numéro Zéro https://lenumerozero.info utilise une majorité de vert, en réference au club de foot qui a une grande place dans le folklore stéphanois, et représente des collines sur sa bannière, faisant référence à la topographie de la ville
, à Nantes iels font appel à l’imaginaire de la pirateriehttps://nantes.indymedia.org/, et pour le site de Bruxelles on ressent que c'est une ville engagée dans le design graphique contemporainhttps://stuut.info/.
Il existe des différences graphiques mais pas de changements fondamentaux dans l’architecture des sites.
En regardant de plus près, ces décorations ressemblent à celles qu’on peut retrouver sur les anciens blogs : une image de bannière et le choix d’une ou deux couleurs pour définir le thème.
Le fait que ces sites utilisent des CMS et des templates joue un rôle important.
Mais là où l’ornement local est discret dans les sites cités plus haut, au moins il est.
En comparaison les sites internet « officiel » produits par les institutions publiques n’ont aucunes formes distinctives; et sont entre deux et dix fois plus lourds.
stuut.info : 1,73 Mo visit.brussels : 14,75 Mo
lenumerozero.info : 2,04 Mo saint-etienne.fr : 6,53 Mo
Les médias locaux, eux, sont marrants de leurs imperfections. Écouter une radio qui diffuse sur 30 km, c’est s’exposer à un risque de micro mal branchés, de musiques punk diffusées a 9 h du matin, ou d’émission longue dont on perd le sens. C’est aussi se rapprocher de ses milieux militants voisins. La force de ses espaces radio numérique ou papier c’est la pertinence locale. Si les fréquences radio ne se diffusent que sur un périmètre restreint ce n’est pas le cas les sites internet communautaires. Pourtant on pourrait complètement imaginer qu’eux aussi ne soient accessibles que sur une zone donnée que ça ne changerait pas fondamentalement leur fonctionnement.
Un Serveur ou une Serveuse Féministe est une infrastructure humaine et technique consciente des situations de dominations existant dans les milieux de l’informatique. Cherchant à les contrer iel se développe au sein de communautées et d’espaces restreints. Défendant les données abritant les histoires des femmes et des personnes discriminées, ce sont des outils et des espaces de luttes au sein de l’environnement principalement blanc et masculin de l’informatique.
L’histoire de l’informatique et plus précisément celle d’internet est liée à une trame globale; allant du développement du matériel, à l’extension de la couverture réseaux. Mais étant exploité dès ses origines, par les mouvements altermondialistes et autonomes, elle est aussi intriquée à celles de communautés.
Notamment à des communautés féministes, leurs lieux, et les serveur·euse·s qui s'y déploient.
L’histoire de ces espaces c’est une histoire de l’autogestion, et l’auto-formation. Se positionnant en faveur de l’apprentissage du numérique aux personnes en étant habituellement exclues. La configuration, l’administration, et l’utilisation de l’outil numérique prend la forme d’un terrain commun d’apprentissage et de création.
Dans le texte « From Feminist Servers to Feminist Federation »nate wessalowski
& Mara Karagianni From Feminist Servers to Feminist Federation (Toward Minor Tech) 2023 est abordée l’idée qu’un projet est souvent réfléchi en fonction de sa possibilité à s’agrandir et à englober de plus en plus de monde. Dans le système des serveur·euse·s féministes le but est plutôt au contraire de toucher des communautés réduite. Que ce soit concentré sur les personnes entourant læ serveur·euse; ou en fournissant des services, de collectifs féministes technicien·ne·s à collectifs féministes dans le besoin. Le but est toujours de conserver la maintenabilité des petites structures tout en soutenant les autres initiatives comparables.« Comment ne pas s’étendre mais résonner »Ibid. « How not to scale but resonate »
Un autre enjeu de ces espaces c’est de trouver des moyens pour partager le savoir technique afin que l’outil-serveur·euse soit abordable et surtout perceptible. Que la façon dont il se gère, se configure soit aussi une question de choix, pour de pas se reposer sur des infrastructures invisibles et prédéterminés.
« rosa » est une de ces serveuses-outils, qui participent à une prise en main féministes des objets et des espaces numériques.
« rosa est une infrastructure voyageuse de documentations, prise de notes collectives, et de publication, et c’est aussi l’endroit ou elle fait l’office d’objet d’étude pour imaginer ce qu’est un serveur féministe (comme outil conceptuel) ? Et quelles formes de principes féministes importent aux groupes ? »
Traduction depuis: ATFNOS, A Traversal Network Of Feminist Servers, 2022
Ces infrastructures féministes produisent des espaces de rencontres, des savoirs situés et collectif, des créations plastiques, de la mémoire, qui se déploient en ligne et hors-ligne.
En ligne, hors ligne.
Cette double spacialité a son importance. Vivre ensemble quelque part.Vivre sur le réseau informatique.
L’année passée en 2023, Uriel·le, Samantha, Pierre, Lucie, Mathias, Anaïs Enjalbert, Louise Moulin et moi avons participé·e·s a une discussion dans le cadre de la production de la revue Azimut 56. Ce jour-là nous avons parlé·e·s d’arts et de graphismes durant les périodes de manifestation et notamment celles des Gilets Jaunes (mouvement social de 2018 à 2019).
Louise Moulin nous a, entre autres, parlé des banderoles qui étaient fabriquées pour les manifestations, du temps et de l’énergie que les collectifs y mettaient. Qu’elles servaient de façades aux revendications mais aussi d’affirmation en tant que collectif. Elle nous a parlé d’une banderole en particulier, une brodée. Elle se souvenait du nombre d’heures hallucinant nécessaire à sa réalisation, et des temps d’échanges et de discussions autour de cet ouvrage. De comment le temps long de la préparation à la lutte par un acte décoratif avait créé de la solidarité et de la force, de la fierté. Mais aussi du choix presque absurde de placer autant de temps dans un objet aussi précaire. La vie d’une banderole en manifestation peut être très courte si la police décide de la réquisitionner. Ça frôle l’absurde, c’est si courageusement inutile.
Enfin j’ai trouvé cette histoire belle.
Elle m’a rappelé une période de lutte à Saint-Étienne où Julie, Mathilda, Camille et d’autres personnes stéphanoises ont cousu des étendards de manifestations, ils étaient grands coloré soyeux. Un jour ils ont été sortis pendant un carnaval révolté et pluvieux, ils étaient lourds, et singuliers dans leur posture de révolte. Ornés surtout, revendicateurs et ornés.
Cette contradiction apparente me plaît, le fait qu’il y ait de l’espace pour le surplus dans l’urgence. Que l’austérité ne soit pas le seul synonyme de la radicalité.